Ai lu Perdido Street Station de China Mieville. Un mélange d'horreur lovecraftienne, de jeu sur le mélange des corps et des règnes (végtal/animal insecte/mamifère, une sacrée panoplie d'êtres étrangissimes), d'histoire d'une ville tentaculaire industrielle aux technologies divergentes avec les notre (steam punk 2.0) et d'aventure, de course-poursuite avec un monstre sous l'oeil 1984 en dirigeable d'un régime totalitaire monstrueux. Disons Kafka Poe et Lovecraft tombés dans un laboratoire tenu par un horrible savant fou. J'avais lu auparavant,pour mes recherches morrissiennes, un article de Mieville sur l'utopie qui m'avait énormément impressionné par ses qualités de théoricien poète philosophe auteur tout mélangé et j'ai donc acheté le livre sur cette seule base en le trouvant sur la table de ma librairie anglophone de quartier, Curious Fox. On pense aussi à Moorcock (dont il reçoit d'ailleurs la bénédiction), à Burroughs et à un genre de Dona Harraway qui aurait (vraiment) tourné vinaigre. c'est à dire à son meilleur à une confrontation brutale avec une altérité radicale venue de partout (pas seulement le grand méchant, absolument tous les personnages sont "autres", hybrides, défaits, refaits...) + un certain souffle épique très plaisant. Je n'ai jamais trop lu d'horreur à part le grand HP et me sens donc un peu à poil en la matière. J'ai trouvé tout trop long. Le plot parfois assez bouffi. 850 pages ! est-ce bien raisonnable ? Et puis ces noms de race et de pays dont on ne sait rien ni ne comprend rien qui rendent la lecture pénible au début... Mais j'ai tenu à cause des dites scènes d'horreur, vraiment déstabilisantes. Les mites géantes dévoreuses d'âme et les araignées tisserandes façon parques, tout cela marche à merveille. Ah et il me faut mentionner ces êtres reconstruits, ces pauvres gars/meufs/hybrides condamnés par des juges, humiliés à vie dans des corps qui ne sont plus le leur, à qui l'on a imposé des opérations démentes, par exemples des membres supplémentaires venus de divers animaux, qui souvent suturent mal, tout juste bons à expier leurs péchés dans une infinie douleur et interminable infamie... toutes ces drôles et affreuses idées tirée d'un foie malade ou d'un cerveau pervers ou les deux. Dans ses meilleurs moments, ce roman suinte comme la cicatrice mal refermée d'un de ces "reconstruits", comme un genre d'opération forcée sur vous par un chirurgien-psychopathe dément.
