Ai (14)

 


Ai lu Paname Underground de Zarca, qui trainait chez Philippe (est-ce moi qui le lui ai offert l'année dernière ?), chez qui je squatte pour quelques jours. J'ai rencontré Zarca au Paf, mon couvent préféré, où je séjournais en aout dernier, je voulais je me souviens mettre les bases d'un petit roman - que j'ai abandonné parce qu'il parlait un peu trop de mon passage à la cinquantaine, qui me terrifiait, mais dont un personnage a réussi à survivre et m'occupe toujours ces temps-ci. Il était très concentré sur son travail, Zarca,  et parlait ce que j'appellerai un argot hyper-léché, un argot riche, coloré, un genre de bombardement d'urbanités modernes qu'il partage avec son grand pote l'éditeur Geoffrey LG. J'avais toujours rien lu de lui. C'est fait et c'était bien. Idéologiquement c'est la catastrophe mais Zarca il s'en tamponne de l'idéologie. ça m'a furieusement fait penser à Leo Mallet, plus encore qu'à San Antonio qui semble être son modèle. La brutalité  gratuite est là partout pour asseoir la street cred' et j'avoue me lasser de ce genre de ficelles (qu'on retrouve bien nues chez un Ellroy par exemple) : c'est ma malédiction, je suis un boyscout. N'empêche la langue de Zarca est comme on me l'avait promise, vraiment épique, dégoulinante,  percutante,  drôle. Et donc oui a star, au moins a writer, pas un peigne culs du 6e arrondissement, is born, c'est clair.  Quant à mes 50 ans, à la sénilité, à la collision inévitable avec les tâches de vieillesse, on peut même trouver dans cet auguste recueil de quoi philosopher un peu avec ses amis, ses muses, ses pairs : vie de merde pour vie de merde, autant la tenter à la one again

Ai (13)

 

Ai lu Le nouvel extrémisme de droite, une conférence de Théodor Adorno + une post face sur les rapports entre l'école de Francfort et le fascisme. Texte de 1967 d'une assez incroyable acuité aujourd'hui. 14 balles pour 80 pages écrit gros c'est un peu cher. M'a donné envie d'acheter les "études sur la personnalité autoritaire", qui me semblent un développement plus long et plus important sur le même sujet (les liens entre certaines transformations du capital et la montée des mécontentements, et comment le fasciste les capitalise mieux que la gauche).

Ai (12)

 


Ai lu Après la finitude de Quentin Meillassoux. Quinze ans après... je me mets donc au "réalisme spéculatif". Je ne suis pas sûr d'avoir le niveau pour commenter un tel livre. Je l'ai au moins trouvé clair et bien écrit dans sa façon très particulière d'ouvrage de métaphysique (enfin justement de non-métaphysique dite spéculative).  Il me permet de me situer un peu mieux dans certains débats philosophiques de ces dernières décennies, mais surtout, surtout, me fait travailler les méninges en tâche de fond avec des notions très belles comme l'archi-fossile, l'hyperchaos, la contingence absolue etc. A la fin il me donne  à penser en pensant ce qui ne peut pas être pensé - c'est un peu l'équivalent du koan mystique des bouddhistes, en version raisonnée, en version qui s'attache à des démonstrations à la fois vaines, mais on s'en fout, et sublimes, au moins dans leurs implications (le style reste aussi froid qu'un siège de dentiste, mais ça n'est justement pas plus mal, c'est presque plus méritoire).