Ai(23)

 

Ai lu Histoire naturelle de Pline l'ancien, enfin d'assez larges bribes. Pline annonce avoir lu plus de 2000 "livres" pour compiler cet étrange texte, cette magnifique tentative de pensée totale, qui fut longtemps la première et unique encyclopédie et nous renseigne maintenant plus sur les romains que sur le monde... Kif absolu sur sa géographie africaine, totalement flinguée, ses réflexions sur les chinois, les indiens... L'entrée Lion aussi, qui commence par les 600 lions abattus pour le triomphe de Pompée alors que César n'en a eu que 400...  Very entertaining.

(hum, oui, la photo est f l o u e)  

Ai (22)

 

Ai lu Les Onze, de Pierre Michon. Très bien, format très court qui permet de faire aisément passer la pilule de cette langue riche, parfois à la limite de l'être un peu trop pour moi. Erudit, inventif, souvent drôle, désabusé aussi (le pouvoir absolu qui corrompt absolument...). C'était mon premier Michon et il y en aura donc peut-être bien d'autres (photo prise dans la si belle bibliothèque de Philou)



Ai (21)


 Ai lu Figures du communisme de Frédéric Lordon. Je l'ai toujours trouvé trop long en version blog, mais là je dois dire qu'il s'épanouit bien sur la longueur de cet ouvrage. Je me sens proche de ses positions, même si j'insisterai plus que lui sur l'indispensable réforme du travail (sa réintégration dans des unités plus petites etc etc), et donc sur l'indispensable transition industrielle (voire : réindustrialisation, au sens de nouvelle industrialisation) que demande le communisme - plus importante que les questions un peu oiseuses de communalisme vs etat fort.Commencer à produire différemment, et pour ce faire ramener les usines à la maison, maintenant, avant le "grand soir" - c'est là que la gauche communiste peut peut etre trouver un certain terrain d'entente avec sa mauvaise soeur sociale démocrate / centristequicroitplusenrien. C'est là, dans la réindustrialisation, peut etre que pourrait se jouer la fameuse convergence ? Ah eh, écoute, on peut toujours rêver.

Ai (20)

 

Ai lu The Ends of the World de Déborah Danowski et Edouardo Viveiros de Castro. Recherches... Un genre de compendium des différentes vues actuelles de la fin du monde, de la catastrophe, de la disparition. Depuis la métaphysique (réalisme spéculatif) jusqu'au cinéma (Mélancholia!). Un tour de ce que la pensée fait de l'idée de la disparition de la pensée. Avec un long moment dédié à la vision de diverses traditions amérindiennes de la fin du monde, et de leur manière de se réadapter à la catastrophe en cours. Sur la distinction entre humains (qui veulent s'émanciper de la nature et sont enclins donc à accélérer le processus de sa décomposition en espérant avoir le temps de se tirer de la matérialité grâce à un bond en avant technologique) et terriens (qui s'acceptent comme partie d'un tout plus large avec lequel il faut composer et lient donc leur destin à celui de la terre). Probablement trop de latoureries, mais j'ai beaucoup appris.

Ai (19)


 Ai lu l'Art à l'état gazeux de Yves Michaud. Théorie de la disparition de l'art comme objet spirituel (de son aura d'expérience quasi religieuse) et de l'apparition d'une esthétique généralisée, diffusée, vaporisée partout. L'auteur constate et ne déplore point. Il écrit en 2003 ou 2004 quand on ne réalisait pas encore complètement l'étendue de la catastrophe qui nous pendait au nez. Y est décrit  cette résignation politique et cette surexcitation consumériste et ironique post-koons/hirst/consorts dans laquelle j'ai grandi et que je ne supporte plus. L'art de la parure, du marqueur de soi. Sans contenu ni récit qui dépasserait le simple positionnement personnel dans le chaos des choses. Sans futur (et celui ci, on ne le répétera jamais assez, n'a rien à voir avec l'avancée technologique), sans promesse autre que celle d'un peu mieux accepter le quotidien. L'art dont on ne veut plus (mais qui est "on" ?).

Ai (18)

 

Ai lu l'Anti-nature de Clément Rosset. Lecture de recherche à demi parce que Clément R. a une place particulière dans mon coeur (depuis que j'ai lu le Réel et son double). Ce n'est probablement pas son meilleur en terme de doctrine (il veut trop brutalement disqualifier ses opposants parfois) mais par contre il y fait un tour de la philosophie naturaliste et de son adversaire, qu'il nomme artificialiste (mais ce mot chez lui renvoie au hasard et à la contigence, pas à l'artifice humain en tant qu'il s'opposerait à la production naturelle), depuis les grecs jusqu'à nos jours (1970). M'a donné envie de lire Lucrèce, que j'ai quelque part dans la bibliothèque, mais n'ai jamais vraiment ouvert. Et d'autres. D'autres encore. Sa sortie sur l'école de Francfort et son immaturité m'a semblé franchement douteuse (il se garde bien de parler de l'immaturité de Nietzsche), et donc je me suis agacé plus d'une fois quand je sentais qu'il titillait dans ma direction. Ah et j'aime bien cette étrange photo. On y voit peu le livre, j'avoue. J'en cale ici une autre version, qui frise le cliché.


Ai (17)

 


Ai lu Technique autoritaire, technique démocratique de Lewis Mumford. Lewis est un des grands patrons de la gauche écologiste, un des grands "descendants" de William Morris aussi. En arrière arrière plan si tu zoomes, au loin, l'horrible machin de Jean Nouvel, qui mérite le goulag 7 fois rien que pour cette insulte au peuple,  tous les bâtiments autour rendus nains, affichage de puissance décomplexée, jeu avec la forme digne d'une sale galerie d'art londonienne, force brute souriante, narquoise, tout ce qu'on aime.

Ai(16)

 

Ai lu Sylvie Aurélia de Gérard de Nerval. Une magnifique édition ancienne que Catherine avait avec elle lors de nos vacances à Gouberville. Je n'ai en fait eu le temps de lire que Sylvie, la première partie. Je n'avais pas lu De Nerval depuis le lycée (et je ne me souviens même plus de quels poèmes). Je me souviens que ma prof de français de première trouvait qu'il était le meilleur d'entre tous. Elle en parlait avec passion, ça m'avait touché, à l'époque je ne vivais que pour la SF et elle m'avait encouragé à creuser le filon, c'était vraiment à bien y réfléchir une excellente prof (j'ai oublié son nom, mais son visage, sa silhouette reste un peu là en moi). C'est très beau en tous les cas, la prose de De Nerval. Catherine me disait que c'était suranné mais c'est aussi précis que rêveur à la fois,  à la limite de la monomanie symboliste... et d'un genre de drôlesse désespérée, le protagoniste n'étant capable d'aimer que des images, jamais des femmes réelles ici et là en chair et en os et en vie. Ah ça me rappelle quelque chose, mais quoi ?

Ai(15)


 Ai lu Le plongeur de Stéphane Larue. La photo est mise au point sur la truie, Ginette, qui se grattait merveilleusement le cou contre le poteau de l'enclos, raou! ça avait l'air d'être tellement bon. Ginette nous aimait bien, elle mangeait de tout Ginette, des crevette jusqu'aux noyaux de pêche, elle n'aimait pas trop en laisser pour les chèvres et les poules par contre. Forte personnalité, Ginette. Le livre est très bien, le récit sous pression d'un plongeur à Montréal au début des années 2000. Plein de joual et de joies de la défonce de la jeunesse, très bien posé sur sa non-réflexion politique, son constat halluciné sur le travail, avec ce truc un peu à la Lyotard où l'ouvrier aime donner son corps à la productivité folle et se vautrer dans la fange et sacrifier sa vie à la cadence, au défi que lui porte la quasi impossibilité de sa tâche de Sisyphe de la récure. L'ambiance du restaurant très bien rendue, m'a semblé très juste. L'époque aussi, que j'ai après tout un peu connue... Offert à mon neveu, en guise d'avertissement pour sa future carrière de pâtissier, mais le lira-t-il ?