Ai (3)

 Ai lu croire aux fauves de nastassja martin (très beau cette absence de majuscule sur la couv, by the way) qui raconte sa rencontre et son combat avec un Ours au Kamtchatka et surtout ce qu'il s'est passé après que la bête lui a enlevé la moitié du visage...  La photo est prise sur la couronne mortuaire que mes crétins de meilleurs amis ont jugé bon de m'offrir pour mes 50 ans, je l'ai laissée pourrir depuis sur mon balcon, la couronne, vanitas et tout ça - ne pas y voir un message quant au contenu du livre, qui est bien écrit et qui vit justement... et nous transporte dans un genre de monde liminal entre l'ours et sa victime, ou l'ours victime et sa tueuse, on ne sait plus très bien. La thématique sibérienne. le froid. l'isolation, les bêtes et les hommes qui rêvent l'un de l'autre (mais aussi : la supériorité écrasante de l'hôpital russe sur l'infection nosocomiale française). Vraiment passionnante réflexion sur ce quasi envoutement de l'autre monde inatteignable, insu, inouï de la "nature", qui agit comme un gigantesque cerveau semi conscient où la protagoniste est vraiment immergée au plus profond... on en vient à réaliser que l'une des plus grandes erreurs de la métaphysique occidentale (hum) c'est  de postuler l'indifférence du monde, voire pour les psychopathes qui nous gouvernent, son caractère inerte, ce qu'a vu Nastassia, c'est tout l'inverse, un jeu d'infinies relations, pas toujours évidentes, mais de relations et de croisements. Ces descriptions de rêves d'ours ! Cette petite mamie chamane qui la prévient avant l'accident qu'elle finira par rencontrer l'ours !  Un seul reproche : elle aurait largement pu pousser le bouchon plus loin sur cet aspect là de son histoire.