Ai (7)

 

Ai lu Autoportrait en chevreuil de Victor Pouchet pendant que je squattais chez mon ami Philou P la semaine dernière. Je suis mitigé. Le livre est en trois parties, la première, à mon avis la meilleure, raconte dans un style simple qui se planque un peu le père par son fils, un père étrange, magnétiseur, organisateur d'ondes, qui impose à son fils des rituels et des pratiques absurdes aux limites de l'abus. Puis ensuite l'histoire est reprise par la copine du fils, qui devient narratrice principale via un journal. Un journal aussi mal écrit que peut l'être un journal vite fait de quelqu'un qui épanche son intimité. Je me suis prodigieusement fait chier à lire les tribulations de cette jeune femme, qui finissent par rejoindre la narration principale, mais lentement et surtout ennuyeusement. On reprend enfin le fil dans une troisième partie où le père fait la narration, c'est mieux. Vient la révélation finale et la scène choc qui semblerait tirée d'un Lynch ou d'un Dupieux mal luné. Elle est bien cette scène. Mais j'avais perdu le fil. Je déduirais de cela un théorème de l'usage de la médiocrité en littérature, qui mériterait d'être affiné un jour : 9 fois sur 10 la médiocrité mise noire sur blanc sans angle sans tentative de la sublimer, aussi tentant, romantique (d’une certaine manière)que soit cette démarche, cette volonté de coller au réel absolument, te renverra rien d’autre que de la médiocrité. elle rendra ton texte médiocre.

Flaubert aurait dit l'inverse, oder ? Mais en même temps la scène des comices c'est rien d'autre que la sublimation totale de la plus absolue des médiocrités / banalité (l'adultère et la fête agricole, parfait mélange des genres) - donc lui même y mettait une certaine patine, et pas qu'un peu, il y mettait des tartines pour passer la pilule. Moins dans l'Education sentimentale je crois, qui est plus direct, plus "clinique", mais je trouve ça justement totalement incomparable avec Bovary. Et de nouveau la patine de sublimation/hilarité dans Bouvard et Pécuchet qui justement touche au grand via le médiocre (ce que des fois Houellebecq réussit, réussissait?, parfaitement).