Ai (10)


 Ai lu Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu. Je me méfie des prix Goncourt, j'avoue.  Mais celui là  ressemble à quelque chose. Il fait son boulot de roman français dirais-je, avec une grande honnêteté, un grand savoir travaillé et bien posé, une langue fluide, la plus naturelle possible sans gouaillerie intempestive ni préciosité déplacée. Parce qu'il vient, on le sent, du fond de l'estomac. Il touche des fois des cordes sensibles assez surprenantes.  Je n’aurai jamais cru regretter les après midi à glander avec les potes à se dire qu’on irait à la gare de Bourg-la-Reine "pour voir s’il y a quelqu'un qu’on connait"… mais les premières pages mes les ont rappelées… Dans la Lorraine (Alsace ?) prolo c’était plus être sur un banc assis le cul tout dur et cracher par terre en roulant des bédos, mais la différence est de degré plutôt que de nature. Je savais par contre ne pas du tout regretter l’adolescence, je veux dire la découverte du sexe et tout. et je savais surtout n’avoir pas connu de bascule historique/ontologique totale, quand le tapis vous est enlevé sous les pieds, comme les classes ouvrières l’ont vécu jusqu’au coeur des grandes aristocaties industrielles (ici la metallurgie de l’est). moi je suis né en banlieue moyenne sans racine (sans racines affirmées)  dans une famille plutôt cultivée sans être riche,  j'ai été préparé par l’école de la république  à devenir l'un de ces des cadres indéterminés humanistes qui prendrait les rennes de l’an 2000. Les gens de ce roman, dont la société ne sait plus trop quoi faire, même si le misérabilisme n’affleure pas, l'idéologie non plus, prennent toute la transformation néolibérale globalisée dans la tronche.  C’est un excellent livre sans originalité formelle,  très 19eiste finalement.  La banalité dont j’ai pu parler dans un post précédent y est partout, mais intégrée à une grande fresque historique, elle prend une toute autre signification (elle parle d'une certaine condition humaine). Une vraie peinture sociale, assez bien écrite pour ne jamais être chiante, même  quand elle ronronne un peu, des fois, sur la fin. le héros est un grand con qu’on ne peut pas s’empêcher de trouver sympathique (il fait pourtant pas grand chose pour) et les personnages secondaires vivent. Le reste ben le reste c’est de la littérature comme on dit.