ça a été un mois pas toujours très motivé sur la lecture, j'avoue. j’ai essayé de lire Claude Simon, La route des Flandres, et j’ai détesté. Je ne peux plus supporter ce genre de branlette stylistique infinie. Et je reconnais avoir flirté de mon coté dans mes romans (que de toute façon 7 personnes ont lu), avec des phrases infinies à tiroir et parenthèses et tirets partout et depuis que j’ai traduit Zweig et que Zweig m’en a bien dégouté, je ne peux plus encaisser tout ça. Je ne peux plus supporter tout ce qui déguise le propos dans de la soupe à la frime, tout ce qui intellectualise pour le plaisir d'intellectualiser, tout ce qui à un moment veut absolument sentir l'Ôteur (j'avais détesté Sebald pour les même raisons, mais j'avoue qu'il faudrait que je réessaye). Je n'ai rien contre un geste formel justifié par le moment du récit, jamais. Je n'ai rien contre une accélération rythmique, une grosse phrase qui emporte tout parce que nous sommes à l'instant ou il faut tout emporter, mais là... Là, c’est poussé au point de préciosité absolue et du coup il est absolument impossible de porter le moindre intérêt à ce qu’il raconte - ce qui est bien con d'ailleurs... ça parle de la débâcle de 1940 depuis un régiment de cavalerie et y’aurait eu moyen de faire un vrai livre. là on a une collection d'assemblage de perles germanopratines comme peu de gens osent les enfiler. je suppose que c'est déjà quelque chose. Mais franchement c’est tout simplement insupportable. Je réessaierai un peu parce que j'étais peut être de mauvaise humeur, mais j'en doute.
Sinon j’ai lu le Münzer, théologien de la révolution de Bloch. Bloch est mon darling de ces derniers temps. C’est à Bloch que je dois ma découverte de Morris. bon c’est un livre difficile bien trop cultivé en matière théologique pour moi, et j'avais déjà lu sur la vie de Münzer (l'excellent Thomas Munzer ou la guerre des paysans de Maurice Pianzola -- si tu ne sais pas qui est Münzer, clique ici) assez pour vouloir en savoir plus mais pas assez pour vraiment saisir ce livre. Il faudrait que je lise sur John Ball pour continuer dans ma phase jacqueries. C'est une charge assez dure et peut être un peu trop appuyée contre Luther (Luther m’a l’air d’avoir pas mal de sang sur les mains…, il a en tous les cas appelé au massacre, et sans prendre de gants), et surtout une réflexion sur les liens profonds entre communisme et millénarisme, entre espérance et espérance de rédemption dans le monde ici bas plutôt que celui d’après, entre espoir personnel et véritable foi collective. La foi en Jesus selon Münzer exige pour être véritablement pratiquée, de faire la révolution. Tout l'inverse de Luther pour qui la seule foi en Christ te sauve de tous tes pêchés, pour qui il est nécessaire de souffrir et d'obéir en attendant la libération (pour qui la Chute ne connait pas de rédemption, pas avant la montée au ciel, qui par contre est donnée à quiconque croit et obéit). Pour Münzer c'est en te tirant du pêché que tu peux prétendre croire en Christ. Et donc, et surtout, en te tirant de l'injustice systémique (oui il ne le dit pas comme ça, son langage est assez imagé, beaucoup de "ils ont forniqué avec les anguilles et les serpents" et beaucoup d'appesl à la violence aussi, il faut l'admettre). Bloch cherche avec tout cela, il vient après Engels qui a écrit sur la même "guerre des paysans", à remettre Marx/la pensée communiste dans sa dimension messianique, qu’il faut selon lui parfaitement assumer - et que le communisme soit disant scientifique a totalement assassiné. Il faut assumer le récit plus qu'utopique, le récit d'un paradis à rechercher. Il faut une intériorité, un genre de spiritualité (et bien sûr en échange cette spiritualité/intériorité demande des conditions sociales favorables). Penser qu’on peut se tirer de l’enfer dans lequel on évolue demande une forme de foi et de messianisme (de croyance en a possibilité d'une meilleure humanité) et l’erreur de la gauche est toujours sa prétention à l’absolue scientificité. C'est ainsi que je le comprends. Il faut un récit les amis. je ne sais pas lequel exactement, si je le savais je serai camarade-pape mais il nous faut quand même un récit et celui de la raison raisonnable et de la haine du riche, quoi que déjà quelque chose, ne suffira jamais (et puis les gens adorent les riches. Ils sont souvent mieux habillés), tout comme celui de la conquête spatiale et de la sublimation de l'homme par sa technologie est devenu très insuffisant. Celui de l'écosocialisme féministe ne va pas du tout suffire, on le voit bien, il doit être un moyen et il faut toujours définir la fin.
J’ai lu la moitié ou à peu près des Voyages en Orient de Flaubert, acheté dans un moment de désoeuvrement cet été à Saint-Vaast la Hougue. Flaubert est quand même, sous une loupiote moderne, un vrai sale con. Il tire des animaux partout en Egypte, pour le plaisir, même pas pour les bouffer. un vrai massacre (50 tourterelles ici, chasse au gipaete là etc). Il se paye des travailleuses du sexe (hum le mot est mal choisi je ne crois pas que ces filles/jeunes femmes aient choisi un tel métier) adolescentes, c’est peut-être l’époque qui veut ça, mais c’est moche. Il dit ensuite que leur con était comme du fromage fondu ou de la graisse je ne sais plus, c'est vraiment très moche. Ensuite il a le mérite de me faire rire dans ses descriptions impitoyables (le saint sépulcre à Jerusalem, très drôle) et oui d’être un écrivain hors pair et de donner une vision de ce qu’il visite sans aucune complaisance, le préfet de machin, le diplomate truc, le marchand bidule, l'anonyme croisé dans le désert sur un chameau au regard de feu, les coutumes qu'il ne comprend pas du tout mais ne méprise pas, alors je lis. en tant que document historique aussi, j'ai été en Israel, au Liban, en Egypte, en Syrie, moi aussi alors je tire les comparaisons que je peux... Je ne suis pas complètement surpris qu’il soit aussi dur/sale. on le sent ici et là dans ses livres. Dans sa correspondances avec Sand aussi. il fait partie justement des gens qui pensent que le monde est tel qu’il est, on y peut rien, alors autant en profiter et vouloir changer causera toujours énormément de problèmes inutiles (ah on connait cette chanson, elle le pousse à demander un bon vieux massacre à Paris en 1871, il sera exaucé). Il tombe peut être mal aussi, peut être qu’il est devenu insupportable de lire ces vieux connards de mâles blancs qui pérorent dans le monde entier. Mais si je continue à lire c'est qu'au fond je l'aime quand même, je me suis pris d'une passion pour son oeuvre, qui grandit avec le temps. Chacun ses petites contradictions, hein.
J’ai lu les 5 leçons sur la psychanalyse de Freud, enfin les deux premières, je trouve ça bien et simple et très attentionné pour son lecteur. Peut-être un peu « stiff », parce que Freud il essaie de faire sciences dures avec des choses quand même très très indicibles et glissantes. Mais quand même, je dois avouer, il y a chez lui un rêve de clarté assez admirable. Je l’ai lu pendant le foot, surtout, pour le moment. C’est une technique que j’ai parfois, je me mets un match de foot, plutôt la Premiere League, mais la Ligue 1 aussi, le son pas fort et je lis. J'ai pas de vie sociale, je te dis.
J’ai un livre pour la journée aussi, quand je vais boire un café, ou quand je prends le métro. C'est Tandis que j’agonise de Faulkner. Mon premier Faulkner. Je m'étais un moment raconté que j'allais le lire en anglais, j'essaie de lire les trucs anglophones en anglais, mais je l'avais ouvert et avais raisonnablement décidé de l'acheter en français tellement la langue était compliquée. J'ai donc eu du mal au début, pour cause de langue trop riche (pourtant quand même très bien traduite me semble-t-il, justement). Mais je dois dire que c’est superbe. et tragique. et drôle mais alors pas le drôle qui fait rire avec un coeur ravi. drôle bourbeux. drôle horrible. je l’ai pas encore fini celui là non plus, mais ça ne saurait tarder, parce qu'il se bonifie de page en page.