Ai (34)

En avril dernier je devais faire un dernier mégapost sur ce blog, pour finir ma liste de lecture sur un an environ, le voici, sans aucun commentaire, à titre de trace pour la suite - la suite ce sera autre chose, la forme actuelle n'étant à l'évidence pas très satisfaisante puisque je ne la maintiens pas. Je vais pour le moment déjà me débarrasser des photos et aller à l'essentiel.



 

Hugo - Dernier jour d’un condamné (solide, très solide)
Annie le Brun - soudain un bloc d’abyme, Sade (un livre important, très costaud)
Balzac - Les illusions perdues
Jubal Brown - Die scum (très très moyen)
Amin Malouf le naufrage des civilisations
Monique Wittig Les guerillères (texte puissant, un poil trop déconstruit formellement pour moi)
Genet Miracle de la rose
Claude McKay - Romance in Marseille
Edouard Levé Autoportrait
Evgueni Zamiatine L’innondation
On Earth we’re Briefly Gorgeous Ocean Vuong
Quinzinzinzili Régis Messac
l’étrange défaite Marc Bloch
Guerre et guerre, Laszlo Krasznahorkai (roman de l'année ?)

Quignard L'amour la mer (eu du mal à le terminer. je trouve qu'il en fait trop Quignard, trop de littérature tue la littérature)

Qui terre a, guerre a de Jean Rouaud (bien moins bon que la splendeur escamotée du frère cheval, qui était un merveilleux texte)

The great Gatsby (en anglais ! très bon)

 

Ai (33)

 

Ai lu le Mont Analogue de René Daumal. Trouvé chez Philou. Bien. Gros enthousiasme au départ, le roman d'aventure mystique, le continent inconnu invisible, l'ascension etc. Petite fatigue sur la longueur. Mais c'est clairement un très beau texte.

Ai (32)

 

Ai lu JPS L'existentialisme est un humanisme. Ben tiens. Trouvé à la bibliothèque du Paf. C'est bien - une conférence pour un public cultivé mais non spécialiste, exprimée avec grande clarté. Je te ferai pas un commentaire sur les idées exprimées, qui ont un peu vieilli mais hé, c'est le jeu.

Ai (31)


 Ai lu The Dawn of Everything de Graebber et Wengrow. Je te laisse te renseigner, tout le monde en parle etc. C'est bien. C'est même joyeux - de se confronter à l'imagination en matière de relations sociales, qui fut longtemps bien plus grande qu'aujourd'hui... de lire sur des sociétés  égalitaires avec assemblée proto-parlemenataires et appartements communautaires dans des villes bien dessinées  qui ont pu durer parfois plusieurs siècles, et ce en des âges si reculés... Apprendre de ces moments modestes et peut etre plus heureux que l'histoire  n'enregistre jamais trop (moins voyants : sans tombe royale, sans palais, sans champs de bataille, sans monuments à la gloire de quiconque). Cours l'acheter.

Ai (30)


 Ai lu Testo Junkie de Paul B. Preciado. Le récit d'une femme qui prend de la testosterone comme une dope permettant une sorte de fabrication d'instablilité du genre, de désennstialisation sexuelle etc...  et la théorie qui va avec ce "hachakge" d'un produit pharmaceutique. Bon j'ai pas aimé et arrêté à la page 70. j'ai trouvé ça arrogant, manifeste de liberté érotico-sexuelle ou non, fluidité ou non, pseudo hackage de produits des big pharma ou non - j'ai aussi trouvé cela bien en amitié avec la technologie sans aucun questionnement du système qui la permet etc. j'ai trouvé ça d'une bien trop grande condescendance pour tout ce qui n'est pas queer, voir même, tout ce qui n'est pas l'auteur (qui réussit même à plutôt sauver l'homme hétérosexuel et à tomber à bras raccourci sur les femmes hétérosexuelles - le passage sur la femme occidentale blanche bourgeoise devenue au 21e siècle la copie carbone de l'homme dénoncé par Valerie Solanas dans le Scum Manifesto est absolument évitable). Cette injonction à une sorte de conjonction globale vers l'inéluctable fluidité, cette manière de vous exprimer la ringardise quasi criminelle de ne pas en être, m'a fatigué, le ton sentencieux m'a fatigué, le langage post foucaldien post deleuzien bien pesant m'a crevé,  la pseudo théorie pharmaco-politique qui soutient le tout m'a paru franchement plate. J'ai aimé les étranges scènes de sexe/intensité avec Virgine D., qui est/fut son amante. Me suis presque fait assassiner par G. pour avoir exprimé ce non enthousiasme absolu. Hé. pardon. ce livre m'a surtout semblé une affaire bourgeoise élitiste adressée à un micro-groupe d'hyper-entre-soi présentée comme une révolution globale en cours. Hé je lirai peut-être d'autres textes plus tardifs de PP, celui là est assez ancien (2005). (Cette photo est absolument honteuse, yes.)

Ai (29)

 

Ai lu La question de la technique en Chine de Yuk Hui - et sa préface communiste/comité invisible/Coupat Power. Un livre difficile avec un propos clair au début - on doit penser d'autres réception de la technique que l'occidentale pour pouvoir penser la suite, et dilué sur la fin... disons qu'il faut jongler avec de la philosophie occidentale de niveau plutôt raide et de concepts chinois évidemment entièrement nouveaux...  M'a fatigué sur la longuer et assez intéressé pour que je veuille lire son ouvrage sur art et cosmotechnique   (Photo Louis M.).

Ai (28)

 

Ai lu l'étrange et brutal Le grand marin de Catherine Poulain. Où la narratrice décide de partir pêcher en Alaska. Ou le sang et les tripes et les écailles giclent et les chalutiers gitent et les humains s'arsouillent à la mort et la mer hurle. M'a presque totalement dégoutté du poisson, de cette violence infinie que l'on appelle "industrie". Très fort récit. peut-être un peu long (cent pages de moins, on aurait rien perdu). Pardon pour la photo, mais j'ai comme principe de ne jamais les refaire alors tu vivras avec.

Ai (27)


 Ai lu Spinal Catastrophism de Thomas Moynihan. Lecture de recherche devenue objet de semi fascination, grange, ou plutôt hôpital à idées-concept. La colonne vertébrale cette grand inconnue, l'axe du cerveau vers le bassin, de la projection vers le ciel à l'enfouissement, l'inconscient et la catastrophe géologique, animale, darwinienne... ah lis le. ou pas. Hé je te laisse le résumé sur le site, parce que dans ce genre de cas, ou tu le lis comme tu lirais du Balard, ou tu as un diplôme. If human morphology, upright posture, and the possibility of language are the ramified accidents of natural history, then psychic ailments are ultimately afflictions of the spine, which itself is a scale model of biogenetic trauma, a portable map of the catastrophic events that shaped that atrocity exhibition of evolutionary traumata, the sick orthograde talking mammal.  Tracing its provenance through the biological notions of phylogeny and ‘organic memory’ that fuelled early psychoanalysis, back into idealism, naturephilosophy, and romanticism, and across multiform encounters between philosophy, psychology, biology, and geology, Thomas Moynihan reveals the historical continuity of Spinal Catastrophism, and analyzes its principal sources: the geological discovery of depth as memory, and the notion of recapitulation born of the collision of absolute idealism with natural history.

Ai (26)


 Ai lu La clôture des Merveilles de Lorette Nobécourt, après une émission sur France C où elle fut excellent à parler avec passion de Hildegard von Bingen et du concept de Viridité. Légère déception à la lecture, un certain hubris dirons-nous, une petite absence de modestie qui a poussé à faire de la littérature, celle avec un L, là où je cherchais un essai biographique j'ai trouvé un flux de pensée et de passion qui m'a parfois un peu perdu. Mais des images sont restées, nombreuses, et la langue qui parfois m'agaçait m'a aussi parfois porté. Faudra que je me lise d'autres ouvrages sur la question. 

Ai (25)

 

Ai lu Comment saboter un pipeline de Andreas Malm.  Malm y discute l'importance de l'illégalisme dans la lutte écologiste. Il passe en revue le mouvement des droits civiques américain, Mandela et son renoncement à la non-violence, Ghandi, les sufragettes (passionnant les sufragettes qui pètent les vitres à Londres... )... Il rejette le pacifisme et le légalisme non-violent ou plutôt les décrète incapables de libération par eux-mêmes (dommage : rien sur la révolution des oeillets,  rare exemple de révolution  vraiment pacifique?). Ils ne peuvent fonctionner que si leurs marges tapent du poing... Malm refuse bien entendu la violence contre les gens (et discute à ce sujet la violence sociale induite de certaines actions dites pacificistes de Extinction Rebellion par exemple).

Ai(24)

 

Ai lu Le dernier crâne de M. de Sade de Jacques Chessex. Littérature subversive à l'ancienne. Répétitives scènes de baise avec la "petite salope" qui adore servir l'agonisant Sade dans son asile de Charenton. Vocabulaire soutenu très début 20e siècle. Basé de loin sur quelques faits réels si je me souviens bien. Un cadeau de Olivier N. chez qui j'ai diné cet été. Bien écrit, mais si daté,  pas plus subversif qu'une résidence secondaire. Si je l'ai fini c'est que je voulais savoir, donc je ne rejette pas complètement. Le final avec ce crâne et ses copies "maudites", façon trésor de Toutenkhamon en version sanguinaire-sadique, promet plus qu'il ne donne. Peut être bien que monsieur Chessex n'a pas assez bossé - qu'il a eu la flemme. J'avoue être envieux de cela - n'en n'avoir plus rien à foutre, même de son sujet.

Ai(23)

 

Ai lu Histoire naturelle de Pline l'ancien, enfin d'assez larges bribes. Pline annonce avoir lu plus de 2000 "livres" pour compiler cet étrange texte, cette magnifique tentative de pensée totale, qui fut longtemps la première et unique encyclopédie et nous renseigne maintenant plus sur les romains que sur le monde... Kif absolu sur sa géographie africaine, totalement flinguée, ses réflexions sur les chinois, les indiens... L'entrée Lion aussi, qui commence par les 600 lions abattus pour le triomphe de Pompée alors que César n'en a eu que 400...  Very entertaining.

(hum, oui, la photo est f l o u e)  

Ai (22)

 

Ai lu Les Onze, de Pierre Michon. Très bien, format très court qui permet de faire aisément passer la pilule de cette langue riche, parfois à la limite de l'être un peu trop pour moi. Erudit, inventif, souvent drôle, désabusé aussi (le pouvoir absolu qui corrompt absolument...). C'était mon premier Michon et il y en aura donc peut-être bien d'autres (photo prise dans la si belle bibliothèque de Philou)



Ai (21)


 Ai lu Figures du communisme de Frédéric Lordon. Je l'ai toujours trouvé trop long en version blog, mais là je dois dire qu'il s'épanouit bien sur la longueur de cet ouvrage. Je me sens proche de ses positions, même si j'insisterai plus que lui sur l'indispensable réforme du travail (sa réintégration dans des unités plus petites etc etc), et donc sur l'indispensable transition industrielle (voire : réindustrialisation, au sens de nouvelle industrialisation) que demande le communisme - plus importante que les questions un peu oiseuses de communalisme vs etat fort.Commencer à produire différemment, et pour ce faire ramener les usines à la maison, maintenant, avant le "grand soir" - c'est là que la gauche communiste peut peut etre trouver un certain terrain d'entente avec sa mauvaise soeur sociale démocrate / centristequicroitplusenrien. C'est là, dans la réindustrialisation, peut etre que pourrait se jouer la fameuse convergence ? Ah eh, écoute, on peut toujours rêver.

Ai (20)

 

Ai lu The Ends of the World de Déborah Danowski et Edouardo Viveiros de Castro. Recherches... Un genre de compendium des différentes vues actuelles de la fin du monde, de la catastrophe, de la disparition. Depuis la métaphysique (réalisme spéculatif) jusqu'au cinéma (Mélancholia!). Un tour de ce que la pensée fait de l'idée de la disparition de la pensée. Avec un long moment dédié à la vision de diverses traditions amérindiennes de la fin du monde, et de leur manière de se réadapter à la catastrophe en cours. Sur la distinction entre humains (qui veulent s'émanciper de la nature et sont enclins donc à accélérer le processus de sa décomposition en espérant avoir le temps de se tirer de la matérialité grâce à un bond en avant technologique) et terriens (qui s'acceptent comme partie d'un tout plus large avec lequel il faut composer et lient donc leur destin à celui de la terre). Probablement trop de latoureries, mais j'ai beaucoup appris.

Ai (19)


 Ai lu l'Art à l'état gazeux de Yves Michaud. Théorie de la disparition de l'art comme objet spirituel (de son aura d'expérience quasi religieuse) et de l'apparition d'une esthétique généralisée, diffusée, vaporisée partout. L'auteur constate et ne déplore point. Il écrit en 2003 ou 2004 quand on ne réalisait pas encore complètement l'étendue de la catastrophe qui nous pendait au nez. Y est décrit  cette résignation politique et cette surexcitation consumériste et ironique post-koons/hirst/consorts dans laquelle j'ai grandi et que je ne supporte plus. L'art de la parure, du marqueur de soi. Sans contenu ni récit qui dépasserait le simple positionnement personnel dans le chaos des choses. Sans futur (et celui ci, on ne le répétera jamais assez, n'a rien à voir avec l'avancée technologique), sans promesse autre que celle d'un peu mieux accepter le quotidien. L'art dont on ne veut plus (mais qui est "on" ?).

Ai (18)

 

Ai lu l'Anti-nature de Clément Rosset. Lecture de recherche à demi parce que Clément R. a une place particulière dans mon coeur (depuis que j'ai lu le Réel et son double). Ce n'est probablement pas son meilleur en terme de doctrine (il veut trop brutalement disqualifier ses opposants parfois) mais par contre il y fait un tour de la philosophie naturaliste et de son adversaire, qu'il nomme artificialiste (mais ce mot chez lui renvoie au hasard et à la contigence, pas à l'artifice humain en tant qu'il s'opposerait à la production naturelle), depuis les grecs jusqu'à nos jours (1970). M'a donné envie de lire Lucrèce, que j'ai quelque part dans la bibliothèque, mais n'ai jamais vraiment ouvert. Et d'autres. D'autres encore. Sa sortie sur l'école de Francfort et son immaturité m'a semblé franchement douteuse (il se garde bien de parler de l'immaturité de Nietzsche), et donc je me suis agacé plus d'une fois quand je sentais qu'il titillait dans ma direction. Ah et j'aime bien cette étrange photo. On y voit peu le livre, j'avoue. J'en cale ici une autre version, qui frise le cliché.


Ai (17)

 


Ai lu Technique autoritaire, technique démocratique de Lewis Mumford. Lewis est un des grands patrons de la gauche écologiste, un des grands "descendants" de William Morris aussi. En arrière arrière plan si tu zoomes, au loin, l'horrible machin de Jean Nouvel, qui mérite le goulag 7 fois rien que pour cette insulte au peuple,  tous les bâtiments autour rendus nains, affichage de puissance décomplexée, jeu avec la forme digne d'une sale galerie d'art londonienne, force brute souriante, narquoise, tout ce qu'on aime.

Ai(16)

 

Ai lu Sylvie Aurélia de Gérard de Nerval. Une magnifique édition ancienne que Catherine avait avec elle lors de nos vacances à Gouberville. Je n'ai en fait eu le temps de lire que Sylvie, la première partie. Je n'avais pas lu De Nerval depuis le lycée (et je ne me souviens même plus de quels poèmes). Je me souviens que ma prof de français de première trouvait qu'il était le meilleur d'entre tous. Elle en parlait avec passion, ça m'avait touché, à l'époque je ne vivais que pour la SF et elle m'avait encouragé à creuser le filon, c'était vraiment à bien y réfléchir une excellente prof (j'ai oublié son nom, mais son visage, sa silhouette reste un peu là en moi). C'est très beau en tous les cas, la prose de De Nerval. Catherine me disait que c'était suranné mais c'est aussi précis que rêveur à la fois,  à la limite de la monomanie symboliste... et d'un genre de drôlesse désespérée, le protagoniste n'étant capable d'aimer que des images, jamais des femmes réelles ici et là en chair et en os et en vie. Ah ça me rappelle quelque chose, mais quoi ?

Ai(15)


 Ai lu Le plongeur de Stéphane Larue. La photo est mise au point sur la truie, Ginette, qui se grattait merveilleusement le cou contre le poteau de l'enclos, raou! ça avait l'air d'être tellement bon. Ginette nous aimait bien, elle mangeait de tout Ginette, des crevette jusqu'aux noyaux de pêche, elle n'aimait pas trop en laisser pour les chèvres et les poules par contre. Forte personnalité, Ginette. Le livre est très bien, le récit sous pression d'un plongeur à Montréal au début des années 2000. Plein de joual et de joies de la défonce de la jeunesse, très bien posé sur sa non-réflexion politique, son constat halluciné sur le travail, avec ce truc un peu à la Lyotard où l'ouvrier aime donner son corps à la productivité folle et se vautrer dans la fange et sacrifier sa vie à la cadence, au défi que lui porte la quasi impossibilité de sa tâche de Sisyphe de la récure. L'ambiance du restaurant très bien rendue, m'a semblé très juste. L'époque aussi, que j'ai après tout un peu connue... Offert à mon neveu, en guise d'avertissement pour sa future carrière de pâtissier, mais le lira-t-il ?

Ai (14)

 


Ai lu Paname Underground de Zarca, qui trainait chez Philippe (est-ce moi qui le lui ai offert l'année dernière ?), chez qui je squatte pour quelques jours. J'ai rencontré Zarca au Paf, mon couvent préféré, où je séjournais en aout dernier, je voulais je me souviens mettre les bases d'un petit roman - que j'ai abandonné parce qu'il parlait un peu trop de mon passage à la cinquantaine, qui me terrifiait, mais dont un personnage a réussi à survivre et m'occupe toujours ces temps-ci. Il était très concentré sur son travail, Zarca,  et parlait ce que j'appellerai un argot hyper-léché, un argot riche, coloré, un genre de bombardement d'urbanités modernes qu'il partage avec son grand pote l'éditeur Geoffrey LG. J'avais toujours rien lu de lui. C'est fait et c'était bien. Idéologiquement c'est la catastrophe mais Zarca il s'en tamponne de l'idéologie. ça m'a furieusement fait penser à Leo Mallet, plus encore qu'à San Antonio qui semble être son modèle. La brutalité  gratuite est là partout pour asseoir la street cred' et j'avoue me lasser de ce genre de ficelles (qu'on retrouve bien nues chez un Ellroy par exemple) : c'est ma malédiction, je suis un boyscout. N'empêche la langue de Zarca est comme on me l'avait promise, vraiment épique, dégoulinante,  percutante,  drôle. Et donc oui a star, au moins a writer, pas un peigne culs du 6e arrondissement, is born, c'est clair.  Quant à mes 50 ans, à la sénilité, à la collision inévitable avec les tâches de vieillesse, on peut même trouver dans cet auguste recueil de quoi philosopher un peu avec ses amis, ses muses, ses pairs : vie de merde pour vie de merde, autant la tenter à la one again

Ai (13)

 

Ai lu Le nouvel extrémisme de droite, une conférence de Théodor Adorno + une post face sur les rapports entre l'école de Francfort et le fascisme. Texte de 1967 d'une assez incroyable acuité aujourd'hui. 14 balles pour 80 pages écrit gros c'est un peu cher. M'a donné envie d'acheter les "études sur la personnalité autoritaire", qui me semblent un développement plus long et plus important sur le même sujet (les liens entre certaines transformations du capital et la montée des mécontentements, et comment le fasciste les capitalise mieux que la gauche).

Ai (12)

 


Ai lu Après la finitude de Quentin Meillassoux. Quinze ans après... je me mets donc au "réalisme spéculatif". Je ne suis pas sûr d'avoir le niveau pour commenter un tel livre. Je l'ai au moins trouvé clair et bien écrit dans sa façon très particulière d'ouvrage de métaphysique (enfin justement de non-métaphysique dite spéculative).  Il me permet de me situer un peu mieux dans certains débats philosophiques de ces dernières décennies, mais surtout, surtout, me fait travailler les méninges en tâche de fond avec des notions très belles comme l'archi-fossile, l'hyperchaos, la contingence absolue etc. A la fin il me donne  à penser en pensant ce qui ne peut pas être pensé - c'est un peu l'équivalent du koan mystique des bouddhistes, en version raisonnée, en version qui s'attache à des démonstrations à la fois vaines, mais on s'en fout, et sublimes, au moins dans leurs implications (le style reste aussi froid qu'un siège de dentiste, mais ça n'est justement pas plus mal, c'est presque plus méritoire).

Ai (11)


 Ai lu Héritage et fermeture de Emmanuel Bonnet, Diego Landivar et Alexandre Monnin. Lecture de recherche. Nombreuses excellentes et pragmatiques idées quant à la très complexe procédure de débranchage des infinis réseaux techniques/capitalistes nécessaires à une nouvelle société. Héritage : hériter du monde meurtri avec tous ses "communs négatifs", penser cet héritage, ces objets qu'il faudra bien se coltiner (les centrales à charbon, nucléaires, les infrastructures obsolètes etc), fermeture : trouver des moyens de fermer ces grandes lignes de dépendances globalisées et technologies dites "zombies"  sans détruire les vies de ceux qui en dépendent - c'est là pour moi une extension bienvenue de mes recherches morrissiennes/écosocialistes etc... Les trois auteurs  pensent ces diverses étapes de lutte contre l'anthropocène dans un pragmatisme total vis à vis de ce qui est là, sans rien jeter d'un revers de la main au nom de l'idéalisme, sans rien oubllier en se disant qu'on règlera la question plus tard. Il y a là un matérialisme absolu que je trouve très sain, qui ne peut surtout pas, jamais, être l'ennemi de l'utopie. Sinon ce livre est horriblement jargonnant, parfois jusqu'au pénible et mériterait vue la qualité de ses idées d'être réécrit de part en part. Ni fait ni à faire (surtout la deuxième partie sur les organisations). C'est un texte de sociologue adressé à des sociologues plein d'un lexique para-latourien d'acteur réseau et autres machins conceptuels dont je ne suis en plus pas sur de l'utilité - un vocabulaire glacial et lourd qui finit par obscurcir ce qu'il doit éclairer (sans parler qu'il commence à me courir sur le haricot).

Ai (10)


 Ai lu Leurs enfants après eux, de Nicolas Mathieu. Je me méfie des prix Goncourt, j'avoue.  Mais celui là  ressemble à quelque chose. Il fait son boulot de roman français dirais-je, avec une grande honnêteté, un grand savoir travaillé et bien posé, une langue fluide, la plus naturelle possible sans gouaillerie intempestive ni préciosité déplacée. Parce qu'il vient, on le sent, du fond de l'estomac. Il touche des fois des cordes sensibles assez surprenantes.  Je n’aurai jamais cru regretter les après midi à glander avec les potes à se dire qu’on irait à la gare de Bourg-la-Reine "pour voir s’il y a quelqu'un qu’on connait"… mais les premières pages mes les ont rappelées… Dans la Lorraine (Alsace ?) prolo c’était plus être sur un banc assis le cul tout dur et cracher par terre en roulant des bédos, mais la différence est de degré plutôt que de nature. Je savais par contre ne pas du tout regretter l’adolescence, je veux dire la découverte du sexe et tout. et je savais surtout n’avoir pas connu de bascule historique/ontologique totale, quand le tapis vous est enlevé sous les pieds, comme les classes ouvrières l’ont vécu jusqu’au coeur des grandes aristocaties industrielles (ici la metallurgie de l’est). moi je suis né en banlieue moyenne sans racine (sans racines affirmées)  dans une famille plutôt cultivée sans être riche,  j'ai été préparé par l’école de la république  à devenir l'un de ces des cadres indéterminés humanistes qui prendrait les rennes de l’an 2000. Les gens de ce roman, dont la société ne sait plus trop quoi faire, même si le misérabilisme n’affleure pas, l'idéologie non plus, prennent toute la transformation néolibérale globalisée dans la tronche.  C’est un excellent livre sans originalité formelle,  très 19eiste finalement.  La banalité dont j’ai pu parler dans un post précédent y est partout, mais intégrée à une grande fresque historique, elle prend une toute autre signification (elle parle d'une certaine condition humaine). Une vraie peinture sociale, assez bien écrite pour ne jamais être chiante, même  quand elle ronronne un peu, des fois, sur la fin. le héros est un grand con qu’on ne peut pas s’empêcher de trouver sympathique (il fait pourtant pas grand chose pour) et les personnages secondaires vivent. Le reste ben le reste c’est de la littérature comme on dit.



Ai (9)

 

Ai lu les saisons de Maurice Pons (je réalise qu'il s'agit là encore d'une titraille sans majuscule, je n'avais jamais trop remarqué cela avant). Ah ce livre. On aurait pu l'appeler "Tas d'os et tas de lentille". "Crevures au village"  "Infamie rurale" "brutalité plouque" "orgie de mépris pour la race humaine". La cruauté de ce livre. La méchante, joueuse et impitoyable cruauté de ce livre. Avec dedans la plus radicale des scènes de sexe jamais écrites - la plus insupportable - la plus drôle, mais jaune hein, vraiment jaune. M'a comme fait réaliser à quel point, théorème, la cruauté est importante en art, au moins en littérature, à quel point elle vous place justement depuis la merde et la chair meurtrie (et dans ce cas ici le rire archi-jaune-malaise qui en découle) dans l'universel, au moins dans  ce surplomb  que la poésie la plus lyrique risque toujours de rater lamentablement... vous tire de l'historicité au même titre, je veux dire avec la même vigueur, que la plus messianique des utopies (d'ailleurs dessinée et raillée grotesquement en fin d'ouvrage, le salaud, le méchant !) ou la plus exotique des aventures. M'a surtout fait réaliser à quel point j'en suis dénué. Absolument et totalement dénué. ça va être chaud la carrière d'ôteurr je te dis.

Ai (8)


 Ai lu cet hiver et ce printemps La pensée utopique de William Morris, de Paul Meier, que mon ami Louis a acheté pour moi dans une brocante quelque part à Orléans. Cette somme de 800 pages a été publiée en 1971. Probablement une thèse. Incroyable que quelqu'un ai pu un jour pondre 800 pages sur le sujet de mes recherches, et en français, sans aucun type de tentative de présentation de qui est Morris ou quoi, de sa vie et de sa carrière, ni même de sa critique du capitalisme, directement au coeur de la chose. Qui a acheté ce livre ????? Dans quel espace temps ??? Meier en parle dans un article et admet qu'il est probablement pesant tant il est chargé en citation, en quasi exhaustivité... il ajoute "je n'étais pas là pour plaire, mais pour faire oeuvre scientifique". J'avais vu des ref de ce livre en notes de bas de page mais n'avais pas prévu de l'acheter, parce que j'estimais mes recherches suffisantes (j'avais tort). Grand danger ici d'encore une fois accumuler du savoir inutile, j'avoue... c'est un jeu :  se dire qu'on est si immergé dans une personne et sa pensée qu'elle nous appartient un peu. vouloir un jour en rêve la disséminer, en faire justement quelque chose à soi.  Meier voulait en étudiant Morris "donner à ses aspirations et à ses rêveries sur l'histoire de l'humanité une base rationnelle". Moi je suppose que je cherchais plutôt une perspective historique à la grande question de l'écologie sociale, enfin plutôt de l'écosocialisme, et avec Morris on la trouve, elle est longue, elle court loin loin les lignes (la spirale) de l'histoire, elle retourne surtout à sa façon les conceptions qu'on pourrait avoir du maudit "travail".

Ai (7)

 

Ai lu Autoportrait en chevreuil de Victor Pouchet pendant que je squattais chez mon ami Philou P la semaine dernière. Je suis mitigé. Le livre est en trois parties, la première, à mon avis la meilleure, raconte dans un style simple qui se planque un peu le père par son fils, un père étrange, magnétiseur, organisateur d'ondes, qui impose à son fils des rituels et des pratiques absurdes aux limites de l'abus. Puis ensuite l'histoire est reprise par la copine du fils, qui devient narratrice principale via un journal. Un journal aussi mal écrit que peut l'être un journal vite fait de quelqu'un qui épanche son intimité. Je me suis prodigieusement fait chier à lire les tribulations de cette jeune femme, qui finissent par rejoindre la narration principale, mais lentement et surtout ennuyeusement. On reprend enfin le fil dans une troisième partie où le père fait la narration, c'est mieux. Vient la révélation finale et la scène choc qui semblerait tirée d'un Lynch ou d'un Dupieux mal luné. Elle est bien cette scène. Mais j'avais perdu le fil. Je déduirais de cela un théorème de l'usage de la médiocrité en littérature, qui mériterait d'être affiné un jour : 9 fois sur 10 la médiocrité mise noire sur blanc sans angle sans tentative de la sublimer, aussi tentant, romantique (d’une certaine manière)que soit cette démarche, cette volonté de coller au réel absolument, te renverra rien d’autre que de la médiocrité. elle rendra ton texte médiocre.

Flaubert aurait dit l'inverse, oder ? Mais en même temps la scène des comices c'est rien d'autre que la sublimation totale de la plus absolue des médiocrités / banalité (l'adultère et la fête agricole, parfait mélange des genres) - donc lui même y mettait une certaine patine, et pas qu'un peu, il y mettait des tartines pour passer la pilule. Moins dans l'Education sentimentale je crois, qui est plus direct, plus "clinique", mais je trouve ça justement totalement incomparable avec Bovary. Et de nouveau la patine de sublimation/hilarité dans Bouvard et Pécuchet qui justement touche au grand via le médiocre (ce que des fois Houellebecq réussit, réussissait?, parfaitement).

Ai (6)


 Ai écrit en avril dernier une chronique sur la réédition du disque de Norscq, 5 Streams - par plaisir et par "devoir" enfin pour honorer ma dette envers Jean louis qui m'avait pas mal aidé avec un de mes disques il y a bien longtemps (La ralentie, que j'ai détesté tant d'années, que norscq ne pouvait pas vraiment sauver tant il était mal embouché, et avec qui je commence à peut-être bien faire la paix, en tant qu'il représente justement bien une période un peu confuse de mon existence, mais je m'égare). Bon je dis devoir mais j'étais honoré qu'on me demande... Et puis comme le disque de Jean Louis est vraiment très bon c'était facile. Je la mets ici pour archive (photo Pierre Bélouin).

Jean-Louis Morgère, norscq, est connu depuis peut-être 25 ans en tant que l’ambulance, la bouée, le 911 secret (de polichinelle) d’une armée de musiciens plus ou moins underground ayant eu un jour ou l’autre recours à ses services de production, de mixage et/ou de mastering. Avec les années son propre travail a été un peu éclipsé par sa carrière d’accoucheur de la musique des autres. Il y a pourtant là un trésor à redécouvrir. La réédition vinyle de 5 streams (2006), le démontre en chacun de ses sillons.

Dès la première écoute on est autant marqué par la foison d’idées disparates et les mouvements incessants qui les animent que par la tenue de l’ensemble, l’équilibre coûte que coûte malgré le jeu de bascule permanent. On est pris dans le piège d’un patient va-et-vient entre ardeur et sérénité. 5 streams est d’une certaine manière un disque marin. Il tombe et se relève incessamment, à la limite d’une ligne de silence, en des dizaines de courants et contre-courants. Il tangue. Le musicien-voyageur a mis son nid sur le mât. Je ne sais pas si sa destination est tant l’Asie (qui entre les bols, les gongs, les voix et les fields recordings, est partout), qu’un lieu plus intime, un territoire incertain, plus poétique, plus onirique, où l’occident disparaîtrait enfin, où l’on pourrait croire se délester un peu d’un certain fardeau historique, philosophique, et bien sûr quotidien. Il ne s’agit à l’évidence pas de réappropriation de cultures lointaines mais d’une construction intime, d’une collecte d’expériences personnelles et collectives sublimées par le geste musical, qui viserait à sa propre disparition, et au bout du compte ne plus s’ancrer nulle part, n’être plus que son. Il marche presque contre son propre exotisme, ce disque, il le ramène toujours à la personnalité de son auteur, le soulève et le noie, l’émerge et le ré-immerge dans un genre de rituel aquatique, de baptême des profondeurs, d’aller-retours élastiques entre le très lointain et le très intérieur.
Tout un registre de voix non chantées et même de souffles aux limites de l’extinction nous interpelle ici et là comme bon leur semble en des langues parfois inconnues, flottant dans une gracieuse incertitude quant à leur fonction, entre matière brute et véhicules de sens. À cela s’ajoute une palette plus concrète, au sens musical, celle de la torsion, de la pression, des grattements métalliques, des contractions acoustiques, des moments où la physique d’un corps est poussée dans ses retranchements.
5 streams multiplie les situations où les objets se délestent de leurs contours sonores prédéterminés, où l’on « perd de vue » l’origine du son. Norscq les accompagne d’incessants changements de registres, de tactiques visant au surgissement de la différence, timbrale, mélodique, rythmique, harmonique, ou tout cela en même temps. On peut ainsi une fois, une seule, approcher la musique de chambre, oh pour un moment seulement, sans en abuser le moins du monde, lors d’un twist (au sens scénaristique du mot), absolument sidérant. C’est un peu la loi de ce disque, que de proposer des instants sortis de nulle-part et de toujours courir la fine ligne de crête entre plaisir de l’exposition de matière et joie plus mesurée de la composition structurée. Celle-ci a ses avantages, elle permet justement les montées au ciel et les descentes inversées – de très beaux mouvements coordonnés où des lampions savamment secoués se mettent à danser.
Même au plus fort de l’inévitable délitement qui suit chacune de ces patientes constructions, quand le son replonge vers l’indéterminé, on parvient toujours à penser une suite, on ne sait jamais trop laquelle mais elle vient, on sait qu’on ne nous laissera pas tomber – nous ne sommes pas ici témoins d’une guerre sainte contre la forme mais d’un art exquis de nouer et dénouer les éléments.
Le musicien, on le sent, a longuement laissé reposer, retouché ici, découpé là, pris le pouls de son humeur, œuvré patiemment à la transcendance des conditions de la genèse de son travail. Il a laissé infuser. Il a aussi fait des choix forts. Ce magnifique refus de la finalité, de la forme toute-faite, de l’évidence des structures ou des progressions, cette volonté de toujours les contrebalancer par une ivresse « free », ou plutôt orphique, je veux dire incertaine quant à son statut ontologique, est la grande marque de fabrique de 5 streams.

Est produite une matière constamment mélangée, flottante mais portante, capable finalement de s’éclipser, pour laisser venir à vous une massive évocation d’images, de sensations, de rappels. C’est à l’auditeur de voir autant que d’entendre. J’y ai bien sûr retrouvé les très riches heures de mes voyages. La grâce fascinée de la collusion avec l’inconnu, mais aussi la paix plus générique et finalement plus exigeante de l’instant où l’on se laisse déborder par l’océan des choses, ici ou ailleurs.

https://optical-sound.bandcamp.com/album/5-streams-os-076


Ai (5)

 


Ai lu Perdido Street Station de China Mieville.  Un mélange d'horreur lovecraftienne,  de jeu sur le mélange des corps et des règnes (végtal/animal insecte/mamifère, une sacrée panoplie d'êtres étrangissimes), d'histoire d'une ville tentaculaire industrielle aux technologies divergentes avec les notre (steam punk 2.0) et d'aventure, de course-poursuite avec un monstre sous l'oeil 1984 en dirigeable d'un régime totalitaire monstrueux. Disons Kafka Poe et Lovecraft tombés dans un laboratoire tenu par un horrible savant fou. J'avais lu auparavant,pour mes recherches morrissiennes, un article de Mieville sur l'utopie qui m'avait énormément impressionné par ses qualités de théoricien poète philosophe auteur tout mélangé et j'ai donc acheté le livre sur cette seule base en le trouvant sur la table de ma librairie anglophone de quartier, Curious Fox. On pense aussi  à Moorcock (dont il reçoit d'ailleurs la bénédiction),  à Burroughs et à un genre de Dona Harraway qui aurait (vraiment) tourné vinaigre. c'est à dire à son meilleur à une confrontation brutale avec une altérité radicale venue de partout (pas seulement le grand méchant, absolument tous les personnages sont "autres", hybrides, défaits, refaits...)  + un certain souffle épique très plaisant. Je n'ai jamais trop lu d'horreur à part le grand HP et me sens donc un peu à poil en la matière. J'ai trouvé tout trop long. Le plot parfois assez bouffi. 850 pages ! est-ce bien raisonnable ? Et puis ces noms de race et de pays dont on ne sait rien ni ne comprend rien qui rendent la lecture pénible au début... Mais j'ai tenu à cause des dites scènes d'horreur, vraiment déstabilisantes. Les mites géantes dévoreuses d'âme et les araignées tisserandes façon parques, tout cela marche à merveille. Ah et il me faut mentionner ces êtres reconstruits, ces pauvres gars/meufs/hybrides condamnés par des juges, humiliés à vie dans des corps qui ne sont plus le leur, à qui l'on a imposé des opérations démentes, par exemples des membres supplémentaires venus de divers animaux, qui souvent suturent mal, tout juste bons à expier leurs péchés dans une infinie douleur et interminable infamie... toutes ces drôles et affreuses idées tirée d'un foie malade ou d'un cerveau pervers ou les deux. Dans ses meilleurs moments, ce roman suinte comme la cicatrice mal refermée d'un de ces "reconstruits", comme un genre d'opération forcée sur vous par un chirurgien-psychopathe dément.

Ai(4)

 

Ai fini mes traductions de Zweig pour une certaine grande maison parisienne. Ai vécu un grand moment de solitude et un gros complexe/une grosse panique de l'imposteur quand ce job m'est tombé dessus tout cru tout nu au début de l'année. J'y ai consacré des heures et des heures et des jours et des mois j'étais certain de ne pas avoir le niveau d'allemand déjà et pas certain d'avoir le niveau en français non plus... c'est qu'il faut de l'attirail pour rendre ces envolées hyper ardentes-grandiloquentes d'un auteur classique rêvant en roue libre à la grande poésie alors que son siècle autour de lui la massacre à coups de massue (quand même plutôt mérités, moi aussi je tire à vue sur la poésie versifiée, mais j'avoue Zweig a fini par me donner le goût de Rilke, qui est grand). disons qu'avec Zweig, qui est à n'en pas douter un homme charmant, lui et moi on s'agree to disagree très souvent. Je peste donc souvent sur le contenu, et encore plus sur l'impensable préciosité du contenant que je n''imaginais pas chez lui... ayant surtout lu ses multiples biographies (celle de Mary Stuart m'a même pas mal marqué) qui à mon souvenir sont plutôt sobres. On voit bien qu'il vit mal la transition du 20e siècle, l'après guerre de 14. Il l'a d'ailleurs dit dans son "Monde d'hier". Zweig est un auteur bourgeois et un classique en défense qui essaie de freiner des 4 fers le monde autour de lui. ça donne des textes (ceux sur Rilke, sur Lilien, sur Hofmannsthal) baignés de longues phrases à trois points virgules et deux tirets et un deux point final étalées sur une page entière, qui entendent rejouer 5 fois le match de la nuance quant à la sublimité de la versification de l'auteur adoré. ça donne un véritable jeu de décryptage pour le pauvre traducteur qui de surcroit parle un allemand merdique... je me suis retrouvé en Champollion avec la pierre de rosette et j'ai eu très peur de faire n'importe quoi. Puis je suis enfin tombé sur un des textes que je venais de finir (l'éloge funèbre à Rilke) tel qu'il fut en fait déjà traduit une fois dans les années 70 (enfin quelque part dans le passé). Et j'ai enfin pu souffler. Pas que j'étais meilleur ou moins bon que le traducteur "officiel" de Zweig, juste que je découvrais que lui aussi s'était battu comme il pouvait avec ce qui reste du contenu extrêmement soutenu,  voire hyper-boursoufflé, que lui aussi il avait interprété de son mieux, qu'il avait même fait des petites erreurs dans sa lecture de l'allemand d'ailleurs... Moi j'ai internet et je m'en serai jamais sorti sans. Parlons complexe de l'imposteur. le froid terrible qui m'a saisi quand j'ai accepté le job, c'est quand même impossible à refuser... peut-être parce que au fond  je savais que je n'avais pas le niveau,  que j'atteignais mon level d'incompétence, que je me devais de le dépasser, de totalement enfoncer le plafond... pas comme l'ange s'envole au dessus du champ de bataille avec son épée de feu mais plutôt patiemment, lentement, comme le bousier passe péniblement le col quand même ardu pour lui formé par une trace de rangers (d'un légionnaire saoul) sur un chemin après la pluie... au bout du compte je suis content : j'ai fait de mon mieux, j'ai bien bossé. mais j'ai si peur que ça ne suffise point, de n'avoir malgré tout point le niveau. story of my life.

Ai (3)

 Ai lu croire aux fauves de nastassja martin (très beau cette absence de majuscule sur la couv, by the way) qui raconte sa rencontre et son combat avec un Ours au Kamtchatka et surtout ce qu'il s'est passé après que la bête lui a enlevé la moitié du visage...  La photo est prise sur la couronne mortuaire que mes crétins de meilleurs amis ont jugé bon de m'offrir pour mes 50 ans, je l'ai laissée pourrir depuis sur mon balcon, la couronne, vanitas et tout ça - ne pas y voir un message quant au contenu du livre, qui est bien écrit et qui vit justement... et nous transporte dans un genre de monde liminal entre l'ours et sa victime, ou l'ours victime et sa tueuse, on ne sait plus très bien. La thématique sibérienne. le froid. l'isolation, les bêtes et les hommes qui rêvent l'un de l'autre (mais aussi : la supériorité écrasante de l'hôpital russe sur l'infection nosocomiale française). Vraiment passionnante réflexion sur ce quasi envoutement de l'autre monde inatteignable, insu, inouï de la "nature", qui agit comme un gigantesque cerveau semi conscient où la protagoniste est vraiment immergée au plus profond... on en vient à réaliser que l'une des plus grandes erreurs de la métaphysique occidentale (hum) c'est  de postuler l'indifférence du monde, voire pour les psychopathes qui nous gouvernent, son caractère inerte, ce qu'a vu Nastassia, c'est tout l'inverse, un jeu d'infinies relations, pas toujours évidentes, mais de relations et de croisements. Ces descriptions de rêves d'ours ! Cette petite mamie chamane qui la prévient avant l'accident qu'elle finira par rencontrer l'ours !  Un seul reproche : elle aurait largement pu pousser le bouchon plus loin sur cet aspect là de son histoire.

Ai (2)


Ai lu le Temps Gelé de Michael Tarkovski. C'est G. qui me l'a prêté. C'est pour ça que j'ai du refaire la couv, parce que je le lui ai rendu entre temps, mais j'ai utilisé un feutre de la couleur du papier de la couv de chez Verdier, pour que le lecteur ne soit pas désorienté. Il était un peu déçu, G.,  au moment de l'achat il croyait avoir acheté un récit sibérien du grand cinéaste mais il s'agit d'une collection de récits sibériens du neveu du grand cinéaste. C'est quand même très bien. ça parle d'homme qui préfèrent la forêt au reste. souvent aux femmes. qui bonnes poires les suivent et puis ils font tout pour qu'elles les abandonnent. c'est très masculinocentré dans sa vision, mais on s'en fout, c'est un bel ensemble de vies passées au moto ski et à l'alcool fort et de débâcles dans tous les sens du terme et de l'éternel insociable sociabilité, de ce que la civilisation est à vomir mais il en faut, même si quand même. et puis la nature bien sûr, qui est une amante vacharde. il y fait très très froid partout dans le monde immense et très chaud dans la petite cabane près du poele sous la zibeline.

Ai (1)

Ai lu Art Sex Music de Cosey Fanni Tutti. A quelques morceaux près, je n'ai jamais aimé, au sens de avec mon coeur et mon âme et mes tripes, la musique de Throbbing Gristle (à la différence de Coil par exemple, mais je vais pas me lancer là-dessus maintenant, je m'arrêterai jamais). Mais, évidemment, j'ai quand même toujours mis ce groupe haut dans la hiérarchie des éventreurs de la civilisation. Et puis Cosey quoi. Cosey en méga artiste du choc performatif multisensoriel (COUM) qui s'injecte des machins dans la chatte devant un public mi-terrorisé mi-fasciné. Cosey qui fait des fims porno et toute une carrière de modèle de magazines de sexe en extension de son travail de performeuse, et des films arty-gore-cochons ou elle castre le pauvre Chris (il parait que les gens s'évanouissaient aux projections), Cosey qui créé Throbbing Gristle et invente la musique industrielle, Cosey qui pond ensuite des disques qui ont merveilleusement et délicieusement bien vieilli (Trance de Chris & Cosey par ex). La fin du livre règle un peu trop les comptes avec la figure (pénible ! il en sort pas grandi !) de P. Orridge et parle à mon goût beaucoup trop du management de la reformation de Throbbing Gristle vers 2002. Mais quand même, c'te vie, c't'artiste, c'te pureté, c'te force à ne jamais rien lâcher. C'te rude sex appeal.